Quarta-feira, 27 de Janeiro de 2010

Éloge des femmes mûres

 

 

Je crus d'abord que Paola apprécierait mes efforts pour la faire jouir, mais elle les prit pour un reproche de ma part, pensant que je lui en voulais de ne pas pouvoir arriver à la jouissance. Bien sûr, j'essayai de la persuader qu'il n'y avait pas que le plaisir physique, loin de là, et qu'il était trop facile, et idiot, de fairedel'orgasme un fétiche. Elle en convint. Mais ce que la société sanctionne comme un bien essentiel devient aussi un impératif moral (qu'il s'agisse du salut de l'âme ou du corps) et on ne peut s'y soustraire qu'au péril de sa conscience. Paola ne pouvait pas plus s'empêcher de se sentir coupable de sa frigidité qu'elle n'aurait pu, au Moyen Âge, se sentir vertueuse en faisant l'amour. En fait, je regrettais parfois que nous ne puissions retourner au douzième siècle, car alors elle aurait pu s'enorgueillir de sa froideur, marque de sa vertu, et elle n'aurait eu le sentiment de pécher que par les délices de la chair, tandis qu'à présent elle était vouée à se sentir coupable de ce qui était une pénible frustration. Et je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir coupable moi aussi. Si elle avait été plus jeune, et ne s'était pas encore persuadée que son infortune n'était pas due à son amant, nous aurions peut-être fini par nous sauter à la gorge (même avec les frigides, il vaut mieux avoir affaire à une femme mûre), mais nous avions beau savoir que je n'étais pas en cause, j'avais tout de même une part subsidiaire dans sa souffrance. Et mes efforts pour la soulager aggravaient encore la situation. D'un autre côté, fermer les yeux sur cette fièvre et cette déception désespérante de son corps, c'eût été nier jusqu'à la sympathie élémentaire qui nous liait l'un à l'autre. Nous nous perdions dans un désert d'impossibilités.

Paola disait qu'en la désirant et en jouissant d'elle je lui donnais le sentiment d'être une vraie femme, et il arrivait qu'elle soit la bienheureuse mère de mon plaisir. Mais la maîtresse, elle, n'aurait pu supporter les attentes qui couvaient en elle sans jamais s'enflammer, si elle n'avait été dans un état de vigilance désespérée. Il y aurait bien peu de problèmes sexuels si on pouvait tous les attribuer à des inhibitions, et pourtant, au début, je crus tout naturellement que, si Paola refusait de se prêter à certaines fantaisies érotiques, c'était par pudeur. Mais sa résistance acharnée s'avéra due, non pas à la timidité, mais à la crainte. Une crainte qui fusait dans le bleu de ses yeux et planait sur son corps blanc et longiligne — la crainte de faux espoirs et d'échecs plus profonds.

Un regard langoureux suffisait à la mettre sur ses gardes. Elle avait horreur de se laisser entraîner, ou plutôt d'oublier qu'elle en était incapable. Par une douce soirée de mars, nous étions assis à la terrasse d'un café à regarder le flot de la splendeur humaine et, comme elle semblait gaie et détendue, je me mis à la regarder avec insistance, comme une étrangère que j'aurais voulu ramasser. Elle haussa les sourcils et détourna la tête. «Tu t'aimes trop, voilà ton problème.

—   Comment aimer quiconque si on ne s'aime pas soi-même ?

— Pourquoi devrais-je m'aimer? demanda-t-elle avec son objectivité désinvolte et déprimante. Pourquoi devrions-nous aimer quiconque ? »

Nous aurions peut-être pu venir à bout de son incapacité à jouir physiquement, mais les conséquences métaphysiques ouvraientun abîmeentre nous.

 

 

Stephen Vizinczey

in Éloge des femmes mûres pp.246-247-248

 

Traduit de l’anglais par Marie-Claude Peugeot

© Éditions Gallimard, 2006

 

 

 

 

 

Em português na editora Cotovia 

publicado por VF às 10:37
link do post | comentar | ver comentários (1) | favorito
Terça-feira, 22 de Setembro de 2009

Em louvor dos clássicos

 

 

 

 

 

 

 

Uma obra inspiradora sobre a actualidade dos "clássicos", graças à paixão com que o autor tanto enuncia a "verdade" dos seus escritores favoritos (Stendhal, Tolstoï, Dostoïevski, Kleist) como denuncia a "mentira" dalguns dos seus ódios de estimação (de Goethe a Melville, passando por um certo ‘establishment’ das letras americanas). 

 
Breves excertos do ensaio "One of the very few ", dedicado a Stendhal :
 

C'est lorsque aucune position sociale n'est sûre et qu'aucune idée ne peut être tenue pour acquise que les vérités sur notre existence peuvent faire surface. Le danger est la muse de la fiction. C'est sous son emprise qu'ont oeuvré les écrivains qui (avec la force de leur génie) ont pénétré derrière la façade sociale, au-delà des conceptions biaisées de leur époque, et ont recréé nos destinées comme si on pouvait les contempler à travers le regard de Dieu. Stendhal était l'un de ces very few : il écrivait au temps présent éternel.

 
 

«Vivre c'est sentir, avoir des émotions puissantes », écrit-il, formule qui n'est pas ce truisme qu'elle paraît être. Il se soumet à toutes les sensations si elles sont assez intenses: même douloureusement ressentie, une défaite est une victoire. Ce qui importe est d'éprouver pleinement le miracle d'exister. (...) On pourra voir une clé nous permettant de comprendre tant son oeuvre que son caractère dans le fait qu'il conseille à juste titre à ses lecteurs de ne pas perdre leur temps à le lire s'ils n'ont pas passé au moins six mois dans les affres de l'amour.

 

 

Stendhal n'est pas fait pour les érudits, ni pour les intellectuels des lettres, en nombre heureusement limité : son oeuvre traite des émotions humaines, notre lot commun. Il ne se soucie de plaire ni aux femmes prétentieuses, ni aux hommes "positifs" trop occupés à gagner cent mille francs par an et à gérer une main d'oeuvre de deux mille employés pour perdre leur temps à des choses inutiles, ni à l'étudiant si enchanté d'avoir appris le grec moderne qu'il pense déjà à se mettre à l'arabe ; mais il n'exclut pas de ses happy few la sorte de gens qui font fortune à la Bourse ou à la loterie. Selon Stendhal, de tels jeux de hasard, qui suscitent de fortes émotions, sont tout à fait compatibles avec les sentiments inspirés par une grande peinture, une phrase de Mozart ou un éclat dans le regard d'une femme.

 

Stephen Vizinczey

traduzido do inglês por Philippe Babo

© Éditions Gallimard, 2006

 

 

 

Descobri Vizinczey em França, onde comprei num aeroporto a edição de bolso do seu romance Éloge des Femmes Mûres, editado em Portugal pela Cotovia.

Truth and Lies in Literature, antologia de críticas e ensaios, na maioria publicados em jornais ingleses e americanos, inclui ainda alguns textos notáveis sobre a experiência pessoal do autor.

Nascido na Hungria em 1933, Stephen Vizinczey, que combateu o Exército Vermelho nas ruas de Budapeste em 1956, exilou-se no Canadá. Em 1965 publicou neste país, em edição de autor, o romance In Praise of Older Women, escrito em inglês. Enviou-o a Anthony Burgess e Graham Greene, que o acolheram com entusiasmo. Em Inglaterra o livro tornar-se-ia um ‘best seller’, valendo-lhe uma carreira internacional. 
 
 
Mais sobre Truth and Lies in Literature aqui

Um excerto de Éloge des Femmes Mûres aqui 

 

 

publicado por VF às 12:59
link do post | comentar | ver comentários (1) | favorito

pesquisar

mais sobre mim

posts recentes

Éloge des femmes mûres

Em louvor dos clássicos

tags

todas as tags

links

arquivos

Creative Commons License
This work by //retrovisor.blogs.sapo.pt is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International License.

Blogs Portugal

blogs SAPO

subscrever feeds