23.12.10

 

 

 

 

Gerard David c. 1490

 

 

 

Évangile selon saint Matthieu

Mt 1,18-25

 

Marie, mère de Jésus, ayant été fiancée à Joseph avant qu'ils eussent habité ensemble, elle se trouva enceinte par la vertu de l'Esprit Saint. Joseph, son mari, étant juste et ne voulant pas la dénoncer publiquement, forma le dessein de la répudier secrètement. Comme il y pensait, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe, disant: «Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car ce qui est conçu en elle est l'œuvre de l'Esprit Saint. Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus car il sauvera son peuple de ses péchés.»

Or tout ceci advint pour accomplir cet oracle prophétique du Seigneur : «Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, nom qui se traduit : " Dieu avec nous ". » Une fois réveillé, Joseph fit comme l'Ange du Seigneur lui avait prescrit; il prit chez lui son épouse et, sans qu 'il l'eût connue, elle enfanta un fils auquel il donna le nom de Jésus.

 

 

 

[...] G.S. : Que serait une famille, aujourd'hui, dans laquelle la mère serait vierge, où une vierge serait mère?

 

F.D. : Mais c'est ce que nous rencontrons chaque jour. Tout fils voudrait que sa mère fût vierge. C'est un fantasme qui vient de la nuit des temps, lorsque le fils était dans l'utérus. Là, il n'a aucun rival. Il ne connaît l'existence de l'homme de sa mère que lorsqu'il est doué d'audition, de vision et de discrimination des formes de ceux qui entourent sa mère. Donc, pendant un très long temps de sa vie, le garçon, par ses désirs hétérosexuels imaginaires qui sont anticipateurs de sa vie d'adulte, peut croire qu'il comble le désir de sa mère. Adolescent, il voudrait continuer sa vie sur les données archaïques de son désir.

 

G.S. : Mais la virginité dont parlent les évangiles c'est quand même autre chose que des fantasmes mal liquidés!

 

F.D. : Oh oui... Être vierge c'est être disponible. Pour la femme vierge, pour l'homme vierge, la parole devient plus importante que la chair. Ici, la parole de Dieu est plus importante que la chair.

C'est pour cela, me semble-t-il, que l'Église veut que Marie soit vierge avant et après l'accouchement, comme si elle avait accouché d'une parole, — comme si c'était une parole, la Parole de Dieu, le Verbe, qui était sortie d'elle, et non une masse charnelle qui aurait jailli, dans l'espace, à travers son corps charnel de génitrice.

 

G.S. : En chaque être humain, qu'il soit homme ou qu'il soit femme, il y a un homme et une femme, il y a donc Joseph et Marie, il y a l'aimant qui donne et l'aimant qui reçoit.

 

F.D. : Nous avons tous une disposition à la maternité qui peut être vierge et rester vierge, de même qu'une disposition à la paternité. Qu'est-ce à dire, sinon que nous pouvons porter les fruits d'une parole reçue d'un autre?

Notre pensée peut être fécondée par une idée venue d'ailleurs, sans savoir qui nous l'a donnée. Or, ce qui est psychologiquement vrai ne pourrait-il pas l'être spirituellement?

C'est cela que représente Marie : elle est une image, une métaphore de la parfaite disponibilité. C'est cela que représente Joseph : sa virginité, sa chasteté comme époux et père médiatisent la même vérité : être disponible. Chacun d'eux, elle éveillée, lui endormi, accueille la Parole de Dieu.


[...] G.S. : Terminons. On dirait que, pour vous, toutes les questions concernant la virginité de Marie, le statut marital de Joseph, etc., toutes ces questions sont finalement sans grande valeur.

 

F.D. : En effet, pour moi, ce sont de fausses questions, parce que tout ce qui est de la vie spirituelle est un scandale pour la chair. Tout ce qui est de l'ordre de la logique de la chair n'a pas de sens à partir du moment où nous sommes questionnés par la vie spirituelle, quand nous sommes désirants de vie spirituelle. [...]

La prière est au-delà de tous nos phonèmes, au-delà de tous les sons. Elle est dans un mutisme que ne connaissent pas les êtres humains entre eux. Un mutisme claironnant de désir dont tout homme, toute femme, à un moment de sa vie, sent la force qui l’appelle à vivre une vie spirituelle. Ce désir peut le rendre intrépide.

 

 

Francoise DoltoGérard Sévérin

in L'Évangile au risque de la psychanalyse (La "Sainte Famille" , Tome I)

Éditions du Seuil

© Éditions Universitaires, S.A., 1977, J.-P. Delarge, éditeur


link do postPor VF, às 18:05  comentar

De packard a 27 de Janeiro de 2011 às 15:11
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