21.12.10

 

 

 


Gerard David c. 1506

 

 

Évangile selon saint Luc

 

Lc 1, 26-38

 

En ce temps-là l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth vers une vierge qui était fiancée à un homme nommé Joseph, de la maison de David, et le nom de cette vierge était Marie.

L'ange étant entré dans le lieu où elle se trouvait, lui dit : «Je vous salue. Marie, pleine de grâces; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

En entendant ces mots, elle fut troublée et se demandait quelle pouvait être cette salutation. L'Ange lui dit : « Ne craignez pas. Marie, car vous avez trouvé grâce auprès de Dieu : voici que vous concevrez dans votre sein et que vous mettrez au monde un fils; et il recevra le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob et son règne n'aura pas de fin. »

Marie dit à l'Ange : « Comment cela se fera-t-il car je ne connais pas d'homme? » L'Ange lui répondit : «L'Esprit Saint surviendra en vous et la venue du Très- Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'Être saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Elisabeth, votre cousine, a conçu elle-même un fils dans sa vieillesse, et celle qu'on appelait la stérile est à son sixième mois car rien n'est impossible à Dieu. »

Alors Marie dit : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. »

 


 

 

G.S. : Joseph est un homme sans femme. Marie est une femme sans homme. Jésus est un enfant sans père. Peut-on alors parler de vraie famille?

 

F.D. : Oui, on peut parler de vraie famille, au point de vue de la responsabilité devant la loi.

La famille animale n'existe pas devant la loi. La famille est un terme humain qui entraîne devant la loi la responsabilité réciproque des parents pour l'éducation d'un enfant. [...] Mais votre question vient de ce que, dans cette partie des évangiles, il y a du mythe.

 

G.S. : Mais alors, qu'est-ce qu'un mythe pour vous?

 

F.D. : C'est une projection des imaginaires préverbaux, du ressenti du vivre dans son corps. Quand je dis mythique, je dis au-delà de l'imaginaire particulier de chacun; c'est une rencontre de tous les imaginaires sur une même représentation. [...]

Pour la « Sainte Famille », comme disent les catholiques, il ne fait aucun doute que les évangiles qui racontent l'enfance de Jésus s'expriment par des images mythiques, mais ils véhiculent aussi un mystère, une vérité.

Il y a du mythe dans ces passages d'évangiles. C'est certain. Mais, pour moi, croyante et psychanalyste, il n'y a pas que cela.

Que savons-nous avec nos connaissances biologiques, scientifiques, de l'amour et de son mystère? Que savons-nous de la joie? De même, que savons-nous de la parole? N'est-elle pas fécondatrice? N'est-elle pas parfois porteuse de mort? [...] Et si la parole reçue par Marie était l'instrument de la greffe de Dieu sur ce rameau de David? [...]

 

G.S. : L'Ange annonce à Marie : « La puissance du Très-Haut te couvrira d'ombre. » Où est Joseph?

 

F.D. : Mais l'ombre de Dieu, tout homme ne l'est-il pas pour une femme qui aime son homme?

La puissance et l'ombre de Dieu qui couvrent Marie peuvent être la charnalité d'un homme qu'elle reconnaît comme époux.

 

G.S. : Pourtant, il semble que Joseph ne se reconnaît pas l'époux de Marie ou du moins comme le géniteur de Jésus. En effet, il veut répudier Marie quand il apprend qu'elle est enceinte. Et Marie dit par ailleurs : « Je ne connais pas d'homme. »

 

F.D. : II faut chercher à découvrir ce que veulent dire ces textes.

Cette révélation de la conception de Jésus est faite à Marie dans sa veille et à Joseph dans son sommeil, dans un rêve. C'est dire que les puissances phalliques, créatrices féminines du désir de Marie sont éveillées, disposes, tandis que les puissances passives du désir de Joseph sont au maximum.

Autrement dit, Marie désire. Elle sait, par l'intervention de l'Ange (là c'est une manière de parler mythique), qu'elle deviendra enceinte. Mais, comment? Elle n'en sait rien. Mais, comme chaque femme, elle espère, elle désire être enceinte d'un être exceptionnel.

Quant à Joseph, il sait par l'initiation reçue dans son sommeil, que pour mettre au monde un fils de Dieu, il fallait que l'homme se croit y être pour très peu.

Nous sommes loin, voyez-vous, de toutes les histoires de parturition et de coït. Ici est décrit un mode de relation au phallus symbolique, c'est-à-dire au manque fondamental de chaque être. Ces évangiles décrivent que l'autre, dans un couple, ne comble jamais son conjoint, que toujours il y a une déchirure, un manque, une impossible rencontre, et non pas une relation de possession, de phallocratie, de dépendance.

En Joseph, rien n'est possessif de sa femme. De même que rien, en Marie, n'est a priori possessif de son enfant. Fiancés, ils font confiance à la vie, et voilà que le destin de leur couple en surgit. Ils l'acceptent.


 

Francoise DoltoGérard Sévérin

in L'Évangile au risque de la psychanalyse (Tome I)

Éditions du Seuil

© Éditions Universitaires, S.A., 1977, J.-P. Delarge, éditeur



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