20.4.10

 

 

Vieux dépliants touristiques, magazines démodés, notes de téléphone obsolètes, je fourrais allègrement tout ce qui me tombait sous la main dans de grands sacs-poubelle. C’était un jour faste. Aucune peine, nulle culpabilité n’entravait mon action. Les rayonnages du grenier se vidaient enfin. J’éprouvais une joie sans mélange. Une grande boîte aux motifs rouge et vert suspendit mon enthousiasme. J’y découvris soigneusement entreposées des dizaines de serviettes en papier venues de cafés et de restaurants du monde entier. Je voulus les jeter tout aussitôt, hésitai un instant puis les examinai plus attentivement. Au bas de chacune d’elles, la fine écriture de ma mère, ferme et déliée, se détachait clairement, imprimant à ces papiers anodins une émotion inattendue, véritable, légère et persistante. Vacillante, enfermée dans le petit grenier obscur, alors qu’un soleil éblouissant rayonnait à l'extérieur, je me représentai l’étrangeté de cette collection, l’absurdité de ma situation. Par quelles puissances infernales étais-je retenue comme Perséphone sous terre, à l'écart de toute vie, de toute lumière ? C’est à cet instant que l’idée d'écrire ces pages m’est venue.

 

 

Lydia Flem

in  Comment j’ai vidé la maison de mes parents pp. 128-129

© Éditions du Seuil, 2004

 

 


 

 

 

 

link do postPor VF, às 15:15  comentar

De helena cardoso a 20 de Abril de 2010 às 23:08
Fiz o mesmo há dois anos. Experiência radical.
Descobres livros mesmo giros mas também, qdo se está em França ou em Inglaterra, parece que os livros voltam a invadir a nossa vida...
Beijos


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