5.3.10

 

 

Cela viendra et ne cédera pas. D'ici là reviens-moi, ne te dérobe pas,

     la nuit au moins

reviens-moi envie de femmes : quand j'étais encore

un maigre adolescent boutonneux qui rêvait de poèmes jour et nuit,

     qui rêvait de femmes

jour et nuit, tu ne me quittais pas : en me couchant tu étais là, en me

     levant tu étais là,

charbons ardents de mes nuits et opprobre de mes jours au lit, à

     l'école, en jouant

dans la rue, dans les champs, je me consumais de désir pour une

     femme

sans femme : un rhinocéros le matin la journée le soir dans mes

     rêves, un soutien-gorge

sur une corde à linge, des sandales de fille dans l’entrée, un crayon

     qui tourne

dans un taille-crayon, une soldate plantureuse à la lourde tresse

     portant à sa bouche

une cuillère de confiture de prunes poisseuse, mon sang qui devenait

     comme du miel tiède.

Ou encore le soir, derrière un rideau, la silhouette d'une femme

en coiffant une autre, un geste arrondi, pour remuer, pétrir, une voix

     qui se change

en murmure, une jeune fille cousant un bouton à sa robe, le contact

     d'une crème

ou d'un savon sur ma peau, une plaisanterie obscène, un gros mot,

une bouffée de parfum mêlée d'un soupçon de sueur féminine,

faisaient jaillir en moi un geyser brûlant environné de vapeurs

     coupables.

Même le mot « femme » en caractères d'imprimerie, les rondeurs

     d'un « sein » en cursive

ou la vue d'un canapé renversé les pieds en l'air me faisaient bouillir

     de désir, et mon corps

se crispait comme un poing. À présent un vieux mâle, un rhinocéros

     de souvenirs

sur sa couche te supplie de revenir reviens désir de femmes

reviens-lui la nuit, rends-lui fût-ce en rêve ce frisson rends-lui

la brûlure des charbons ardents, afin qu'il ne t'oublie pas, qu'il ne

     faiblisse pas

jusqu'à ce que vienne ce qui doit venir à pas de velours, avec sa

     douce fourrure et ses yeux

jaunes, vif léger et silencieux avec ses crocs acérés de panthère et ses

     courbes de femme.

 

Amos Oz

in Seule la mer  pp.218-219

 

 

traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen

© Amos Oz, 1999

© Éditions Gallimard, 2002, pour la traduction française

 

 

 

 

 

 

link do postPor VF, às 10:37  comentar

De Anónimo a 5 de Março de 2010 às 15:14
Boa esta tua recente onda amorosa... Poderosa para esquecer elementos deprimidos, escurecidos e - nalguns lugares - irados.

Beijo

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