5.12.09

 

 

 

 

jorge nesbitt:draw12

 

 

"Untitled", 2006. Oil on book page

de Jorge Nesbitt

 

 

 

 

 

AFFIRMATION. Envers et contre tout, le sujet affirme l'amour comme valeur.

 

 

 

 

 

l. En dépit des difficultés de mon histoire, en dépit des malaises, des doutes, des désespoirs, en dépit des envies d'en sortir, je n'arrête pas d'affirmer en moi-même l’amour comme une valeur. Tous les arguments que les systèmes les plus divers emploient pour démystifier, limiter, effacer, bref déprécier l’amour, je les écoute, mais je m’obstine : « Je sais bien, mais quand même…»  Je renvoie les dévaluations de l'amour à une sorte de morale obscurantiste, à un réalisme-farce, contre lesquels je dresse le réel de la valeur : j'oppose à tout « ce qui ne va pas » dans l’amour, l'affirmation de ce qui vaut en lui. Cet entêtement, c'est la protestation d'amour: sous le concert des « bonnes raisons » d’aimer autrement, d'aimer mieux, d'aimer sans être amoureux, etc., une voix têtue se fait entendre qui dure un peu plus longtemps : voix de l’Intraitable amoureux.

 

 

 

Le monde soumet toute entreprise à une alternative; celle de la réussite ou de l'échec, de la victoire ou de la défaite. Je proteste d'une autre logique : je suis à la fois et contradictoirement heureux et malheureux  [Pelléas] : « réussir » ou « échouer » n'ont pour moi que des sens contingents, passagers (ce qui n’empêche pas mes peines et mes désirs d'être violents); ce qui m'anime, sourdement et obstinément, n'est point tactique : j'accepte et j'affirme, hors du vrai et du faux, hors du réussi et du raté; je suis retiré de toute finalité, je vis selon le hasard (à preuve que les figures de mon discours me viennent comme des coups de dés). Affronté à l'aventure (ce qui m'advient), je n'en sors ni vainqueur ni vaincu : je suis tragique. [Schelling]

(On me dit : ce genre d'amour n'est pas viable. Mais comment évaluer la viabilité ? Pourquoi ce qui est viable est-il un Bien ? Pourquoi durer est-il mieux que brûler ?)

 

 

 

 

 

PELLÉAS : « Qu’as-tu ? Tu ne me sembles pas heureuse.

— Si, si, je suis heureuse, mais je suis triste. »

 

SCHELLING : « L’essentiel de la tragédie est [...] un conflit réel entre la liberté dans le sujet et la nécessité en tant qu’objective, conflit qui se termine non par la défaite de l’un ou de l’autre, mais parce que tous les deux, à la fois vainqueurs et vaincus, apparaissent dans l’indifférence parfaite» (cité par Szondi. 12).

 

 

 

Roland Barthes

in Fragments d'un discours amoureux

© Éditions du Seuil, 1977

 

 

Pintura: Jorge Nesbitt  aqui

 

 

 

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