22.11.09

 

 

«Le présent, c'est-à-dire la quotidienneté ambiante, nous assiège de toutes parts et ne cesse de nous convier à l'oubli des choses révolues (1) », écrit Vladimir Jankélévitch. Nul besoin donc de venir en aide au présent puisqu'il est toujours là. Nul besoin de prêcher l’oubli aux hommes : il leur suffit de se laisser faire et de céder aux sollicitations de l’actuel, c'est-à-dire à la loi du plus fort.

 

Oublier, c'est obéir ; oublier, c'est suivre le mouvement. Le passé, en revanche, doit être retenu par la manche comme quelqu'un qui se noie. Ce qui fut n'a, dans l'être, que la place que nous lui donnons. Les défunts sont sans défense et dépendent de notre bon vouloir. Ils comptent sur notre initiative, sur la voix en nous qui résiste à l'emportement naturel et qui, au moment de passer à autre chose, proteste et nous commande de rester le témoin de l’invisible. Cette voix nous dit que «le réel n'est pas fait seulement des choses palpables et obvies : les bonnes affaires, les bons voyages, les belles vacances (2)». Les vacances ne sont pas tout. Le succès n'est pas tout. Il y a l'affairement et il y a la fidélité. Il y a le bruit du monde et il y a le silence des absents. Il y a le fébrile aujourd'hui et il y a le fragile autrefois. Il y a les plaisirs ou les soucis de la vie, et il y a la prière que nous adressent les morts. Les morts prient, il faut leur répondre : devoir de mémoire est le nom aujourd'hui donné à cette extravagante injonction.

 

 

Alain Finkielkraut

in  Une voix vient de l’autre rive   pp.11-12

©Editions Gallimard, 2000

 

Notas

1)    Vladimir Jankélévitch, Le Pardon, in Philosophie morale, Flammarion, 1998, p.1046

2)   Ibid.,pp.1047-1048

 

 

 

 

 

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