14.11.09

 

 

Tandis que les Etats-Unis propulsent le 11 septembre 2001 tournant décisif et date de l'entrée en guerre contre le terrorisme, la communauté européenne choisit le 9 novembre 89, chute du mur de Berlin, l'implosion de l'Empire soviétique passant pour annoncer une ère nouvelle, où la force cède devant la loi. A partir de ce jour, le pouvoir anachronique des armes devait s'effacer devant le pouvoir des mots et des fleurs.

[…]

En toute quiétude, sans tambours ni trompettes, les habitants choyés de l'Ouest européen se sont faufilés dans leur village de vacances, ne comptent pas en sortir et rêvent, quand ils célèbrent le 9 novembre 1989, que l’univers suivra leur exemple avec une langueur égale. Ils oublient que le mur n'est pas tombé par le miracle d'une providence et des bons sentiments pacifiques, sa chute signe la victoire des dissidents de l’Est qui se sacrifièrent des décennies durant. Victoire d'un Geremek que le Parlement européen (juillet 2004) a renvoyé honteusement à son strapontin, faisant d'une pierre deux coups : lui refuser la présidence et rejeter dans les poubelles de sa bureaucratie un passé qui gêne sa tranquillité, celui de la résistance aux totalitarismes. Victoire aussi de Ronald Reagan, sorte de Bush diabolisé en son temps, qui lança, choquant les beaux esprits, un défi à «l’empire du Mal». La bureaucratie européenne, que ces combats laissèrent, sauf exception, indifférente, imagine que «l’élargissement» actuel est le fruit naturel de la paix qu'elle propage et que l'horreur de Manhattan, son importance surévaluée, les réponses que Washington programme portent les stigmates des violences anciennes qui ne mènent nulle part.

 

 

André Glucksmann

in Le Discours de la Haine p. 132-133

© Editions Plon, 2004

 

 

 

 

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