10.6.09

 

est essentiellement poétique. Comment en serait-il autrement, dans un pays dont la poésie est la plus marquante expression de sa vie spirituelle? La langue portugaise elle-même, depuis ses origines, a épousé, suivant une syntaxe souple et une phonétique richement nuancée, le rythme et la cadence du vers — la forme qui exprime, mieux que toute autre, les subtilités de l'âme. La poésie au Portugal est, à son tour, profondément lyrique. Il est vrai que Camoens, son plus haut poète, resplendit toujours et surtout comme un des plus grands épiques de l'Humanité, car on le considère à travers le poème qui l'a immortalisé: «Les Lusiades». Mais les connaisseurs savent trop bien qu'il occupe dans l’histoire littéraire du Portugal le sommet jamais atteint de la poésie lyrique. Et tous les Portugais, qui gardent sa renommée aussi jalousement que si c'était la leur propre, ne s'enivrent pas moins de ses chansons, de ses sonnets ou de ses vilancetes, que des puissants accents épiques de son poème tant célébré. L'art populaire portugais reflète donc, en tout, ce caractère lyrique. De même que la poétique populaire se complait généralement à créer — le plus souvent par improvisation—des quatrains qui sont de véritables petits poèmes lyriques, de même l'art populaire joue des formes et des couleurs, suivant les lois d'une même simplicité spontanée. C'est ce qui le rend sensible et émouvant. C'est ce qui le rend, surtout, spirituel. Car on dirait bien que c'est également pour chanter ce que le coeur leur dicte que tous ces artisans ignorés moulent la terre glaise, pour en extraire le galbe élégant des poteries; qu’ils couvrent d’ornements précieux les objets votifs ou simplement d’usage domestique; qu’ils tressent et enchevêtrent des dessins de merveille avec des fibres de sparte ou des brins d’osier; qu’ils dessinent avec du fil et de la soie, leurs dentelles et leurs broderies; qu’ils construisent, avec des filaments d’or et d’argent, les filigranes en arabesques; qu’ils dressent des arcs verdoyants aux jours de pèlerinage ou de pardon; ou que,finalement, ils prennent les pinceaux pour exprimer leurs caprices de coloristes. En chacun de ces ouvrages, en y regardant bien, vous trouverez toujours les traces de l’attachement affectif de l’artisan au terroir ou à la personne aimée. Dans la plupart de ces travaux, le mot AMOR apparaît fréquemment. En suivant la ligne gracieuse de leurs guirlandes, les quatre lettres expressives surgissent, inattendues—quand ce n'est pas un nom de femme: — Maria — ou celui du bien-aimé: — Manuel. Ou bien, une phrase discrète, une date qui rappelle un souvenir heureux, ou, tout simplement, un coeur stylisé — l’offrande suprême! Et aujourd'hui comme hier, ces motifs se répètent, immuables, tels que les vers d'un quatrain chanté jadis et que l’on entend toujours, car il est une expression heureuse du sentiment lyrique de chacun. De même, par le truchement de ces minuscules poèmes plastiques innombrables, sont dites et redites, de génération en génération, les lois obscures du langage des formes artistiques du peuple portugais.

 

António Ferro

in Quelques Images de l' Art Populaire Portugais

S.P.N. 1937

 

 

 

 

 

 

 

 

Capa de Paulo Ferreira (1937)

 

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