30.5.09

 

Il s'en faut de peu que nos rêves ne virent au cauchemar quand une angoisse féroce nous étreint, nous saisit comme le succube du fameux tableau de Füssli. Le visiteur nocturne n'a plus alors les traits de l'ange de Constantin. Quelque démon est venu nous persécuter, un monstre sans visage nous menace. Nous nous réveillons dans un cri au moment où nous allons chuter en un trou sans fond.

Le dormeur éveillé, lui, l'homme assis de Piero, se tient à l'abri du cauchemar. Sa rêverie l'en préserve. Il peut se laisser entraîner ailleurs, mais cet ailleurs n'est autre que son humeur vagabonde, que son oublieuse mémoire, il peut exprimer sans crainte ses attentes les plus déraisonnables, ses désirs inassouvis, ses regrets. La nostalgie et l'espoir le bercent.

Il se repose, loin du fracas des armes et de la violence meurtrière. Pas de précipice sous les pieds du dormeur éveillé : il n'est plus tout à fait sur terre, mais il ne s'effondrera jamais dans l'abîme.

 

J.-B. Pontalis

in Le Dormeur éveillé

© Mercure de France 2004

 

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