28.5.09

 

 

Le Songe de Constantin c. 1466

 

 

L'homme qui dort se nomme Constantin. C'est un Empereur romain, un conquérant, un guerrier sans merci. Son sommeil parait paisible, bien qu'il doive livrer  bataille le lendemain… À côté de l'homme qui dort, un tout jeune homme assis. Un serviteur, qui n'a pas de nom. Une sentinelle, mais qui s'abandonnerait à sa propre rêverie. Il est le dormeur éveillé. Sa tête penchée s’appuie sur sa main. C'est un rêveur quelque peu mélancolique, peut-être doute-t-il de l'issue du combat, l'ange ne l'a pas visité, ne lui a adressé aucun signe… La scène représentée se situe à la frontière de la nuit et de l'aube, du sommeil et de l'éveil, du songe et de la rêverie.


Ce tableau qui figure un épisode de La Légende de la Vraie Croix qu'a peinte Piero della Francesca à San Francesco d'Arezzo est un des plus beaux que je connaisse…Plutôt que celle de l'Empereur endormi, je prends la place de l'homme assis, de celui que j'ai nommé le dormeur éveillé. Je m'attarde sur son visage, j'essaie de deviner ses pensées, à quelle rêverie il s'autorise à s'abandonner tout en refusant de s'assoupir; il demeure gardien. Il m'évoque ces mères qui veillent sur leur enfant endormi tout en rêvant à autre chose.


Et puis, comme toujours chez Piero della Francesca, les personnages, dans leur immobilité hiératique, sont à la fois hors du temps et, sur la fresque, inscrits dans une histoire - une légende - singulière. Étonnamment présents dans leur absence.


La peinture, celle de Piero en tout cas, cette parole imparfaite — on n'imagine pas ses personnages discourir ni même se parler entre eux — serait-elle un chant ? Je crois que toute peinture est plus proche du songe que du rêve. Quant aux livres, le mieux auquel ils puissent prétendre, c'est de s'approcher d'une rêverie, celle de l'homme assis.


 

J.-B. Pontalis

 

in Le Dormeur éveillé

© Mercure de France 2004

 


 

 

 

 

link do postPor VF, às 11:21  comentar

De helena cardoso a 28 de Maio de 2009 às 14:36
Que texto incrível sobre (est)a pintura - e o quadro então nem se fala! Eu não conhecia este Piero della Francesca. O teu post anterior era tão tão triste que eu nem consegui comentar.
Estive ontem nas Janelas Verdes a ouvir falar sobre "O Triunfo das Artes" (1730) de Tiepolo. Todos os meses, na última 4ª feira, escolhem e apresentam uma obra da colecção.

beijos

De VF a 28 de Maio de 2009 às 18:43
Espero que compres o livro, é sensacional. Isto é só um excerto do texto dedicado a este quadro. Publicarei mais textos do Pontalis, depois deste li todos os outros. São fascinantes.
beijo

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