28.1.10

 

 

 

I remember my first real glimpse into New York City — the first time I picked up The Catcher in the Rye. I was standing — if you really want to hear about it — in a bookstore, a sophomore in high school, and from the first sentence I was drawn in as with no book I had read before.

It’s a novel that forces you to ask distressing questions. How do you overcome cynicism in an age of manipulation, when social networking eclipses friendship, when what matters is to seem rather than to be? How do you get past the phoniness in everyone around you, the masks they wear, the sense that no one can be known as he really is? How, among the lonely masses of the city, can you remember that these commuters, these beggars, these cabdrivers and subway operators — are people?

After reading Catcher, I turned to other works by Salinger, and it was in these — notably in the stories of the Glass family — that I found his most compelling answer to Holden’s plight. Seymour Glass, the eldest of seven insanely precocious children, seems in many ways to represent triumph over cynicism.

Seymour sees the flaws in people, their shabby motives, their vanity, but, rather than spurn them, he has compassion. He sees their shortcomings, sees how their shortcomings deprive them of happiness, and he takes pity. He loves them. He looks for the virtues hiding behind their vices. He is attentive to “the main current of poetry that flows through things,” and bears in mind constantly — impossibly, it seems — the fact that every encounter with another human being is sacred. In short, Seymour sees more.

When Zooey, the youngest male of the Glass family, complains about having to appear on a children’s quiz show, Seymour responds by telling him to shine his shoes beforehand. “I was furious,” Zooey recounts. “The studio audience were all morons, the announcer was a moron, the sponsors were morons, and I just damn well wasn’t going to shine my shoes for them.”

Seymour’s answer: Shine your shoes for the Fat Lady. No details, no further explanation. The Fat Lady. Zooey imagines her sitting on a porch in the heat, swatting flies, listening to the quiz show on the radio, and he comes to understand the injunction to shine his shoes. Out of love for that woman. Out of respect for her lonely, downtrodden existence.

Ultimately, Zooey arrives at an even more radical epiphany: Everyone is the Fat Lady. Everyone, from the janitor in your college to the pretentious know-it-all in your section to the president of the United States — everyone is swatting flies on a lonely porch. Everyone has hidden fears, shameful struggles, a loneliness that can never be quite drowned out by the noise of parties or the solace of alcohol. Realizing this, Zooey has gotten beyond cynicism, beyond misanthropy. He can love.

 

Brice Taylor

in Untimely Meditations

publicado no "Yale Daily News" de 18 de Setembro de 2009 aqui

 

 

 

 

J.D. Salinger

1919 - 2010

 

 

Imagem e mais aqui

 

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27.1.10

 

 

Je crus d'abord que Paola apprécierait mes efforts pour la faire jouir, mais elle les prit pour un reproche de ma part, pensant que je lui en voulais de ne pas pouvoir arriver à la jouissance. Bien sûr, j'essayai de la persuader qu'il n'y avait pas que le plaisir physique, loin de là, et qu'il était trop facile, et idiot, de fairedel'orgasme un fétiche. Elle en convint. Mais ce que la société sanctionne comme un bien essentiel devient aussi un impératif moral (qu'il s'agisse du salut de l'âme ou du corps) et on ne peut s'y soustraire qu'au péril de sa conscience. Paola ne pouvait pas plus s'empêcher de se sentir coupable de sa frigidité qu'elle n'aurait pu, au Moyen Âge, se sentir vertueuse en faisant l'amour. En fait, je regrettais parfois que nous ne puissions retourner au douzième siècle, car alors elle aurait pu s'enorgueillir de sa froideur, marque de sa vertu, et elle n'aurait eu le sentiment de pécher que par les délices de la chair, tandis qu'à présent elle était vouée à se sentir coupable de ce qui était une pénible frustration. Et je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir coupable moi aussi. Si elle avait été plus jeune, et ne s'était pas encore persuadée que son infortune n'était pas due à son amant, nous aurions peut-être fini par nous sauter à la gorge (même avec les frigides, il vaut mieux avoir affaire à une femme mûre), mais nous avions beau savoir que je n'étais pas en cause, j'avais tout de même une part subsidiaire dans sa souffrance. Et mes efforts pour la soulager aggravaient encore la situation. D'un autre côté, fermer les yeux sur cette fièvre et cette déception désespérante de son corps, c'eût été nier jusqu'à la sympathie élémentaire qui nous liait l'un à l'autre. Nous nous perdions dans un désert d'impossibilités.

Paola disait qu'en la désirant et en jouissant d'elle je lui donnais le sentiment d'être une vraie femme, et il arrivait qu'elle soit la bienheureuse mère de mon plaisir. Mais la maîtresse, elle, n'aurait pu supporter les attentes qui couvaient en elle sans jamais s'enflammer, si elle n'avait été dans un état de vigilance désespérée. Il y aurait bien peu de problèmes sexuels si on pouvait tous les attribuer à des inhibitions, et pourtant, au début, je crus tout naturellement que, si Paola refusait de se prêter à certaines fantaisies érotiques, c'était par pudeur. Mais sa résistance acharnée s'avéra due, non pas à la timidité, mais à la crainte. Une crainte qui fusait dans le bleu de ses yeux et planait sur son corps blanc et longiligne — la crainte de faux espoirs et d'échecs plus profonds.

Un regard langoureux suffisait à la mettre sur ses gardes. Elle avait horreur de se laisser entraîner, ou plutôt d'oublier qu'elle en était incapable. Par une douce soirée de mars, nous étions assis à la terrasse d'un café à regarder le flot de la splendeur humaine et, comme elle semblait gaie et détendue, je me mis à la regarder avec insistance, comme une étrangère que j'aurais voulu ramasser. Elle haussa les sourcils et détourna la tête. «Tu t'aimes trop, voilà ton problème.

—   Comment aimer quiconque si on ne s'aime pas soi-même ?

— Pourquoi devrais-je m'aimer? demanda-t-elle avec son objectivité désinvolte et déprimante. Pourquoi devrions-nous aimer quiconque ? »

Nous aurions peut-être pu venir à bout de son incapacité à jouir physiquement, mais les conséquences métaphysiques ouvraientun abîmeentre nous.

 

 

Stephen Vizinczey

in Éloge des femmes mûres pp.246-247-248

 

Traduit de l’anglais par Marie-Claude Peugeot

© Éditions Gallimard, 2006

 

 

 

 

 

Em português na editora Cotovia 


23.1.10

 

 

 

 

 

En août 1993, le magazine Elle proposait en couverture un test d'été : êtes-vous une salope? L'étonnant n'est pas seulement la brutalité de la question, c'est l'enthousiasme des réponses : pas une rédactrice, une journaliste de ce célèbre hebdomadaire qui n'ait répondu positivement, s'enorgueillissant d'être une chienne, une traînée à nulle autre pareille. Bref, «salope» était devenu un titre de gloire, l'équivalent d'une particule dans l'ordre des jeux amoureux (1). Ce renversement de l'insulte en fierté nous prouve, si besoin, que nous avons changé de monde. Jadis cachée, la vie sexuelle doit désormais s'exhiber. Nouveau snobisme voluptueux : nul sur ce plan ne voudrait être pris en défaut de savoir. Feuilleter une certaine presse depuis une trentaine d'années, c'est consulter un étrange catéchisme du stupre, pas moins prescriptif que celui d'antan : essayez la sodomie, l'amour à trois, la bisexualité, le fouet, êtes-vous un bon coup, faites-vous l'amour le lundi ? (2) Alors que la mort reste obscène et dissimulée, le sale petit secret est sur scène, mis sur la place publique et chacun veut venir le raconter à la télévision, à la radio, sur le Net.

L'émancipation des mœurs a joué aux hommes de notre temps un tour étrange. Loin de libérer la joyeuse effervescence des instincts, elle s'est contentée de remplacer un dogme par un autre. Hier contrôlée ou interdite, la lubricité est devenue obligatoire. La chute des tabous, le droit des femmes à disposer de leur corps s'est doublé d'une injonction à la volupté pour tous. L'annulation de la réticence a été compensée par l'augmentation de l'exigence : il faut comme on dit «assurer» sous peine d'être rejeté.

 

Pascal Bruckner

in Le paradoxe amoureux (troisième partie : Le merveilleux charnel

pp. 173-174-175

© Éditions Grasset & Fasquelle, 2009

 


Notas: 

1. Un journaliste, Jean-Pierre Elkabbach, à l'occasion du 200ème numéro de Elle, demande a une lectrice : « Et vous, Madame, êtes-vous une salope? — Hélas, non », répond-elle.

 

2. Ces magazines cumulent conseils d'ascension sociale («Faut-il coucher pour réussir?», «Réussir quand on a des seins») pour Rastignac féminins et indicateurs de standing. Jadis il y avait ce qui se faisait et ne se faisait pas, désormais il y a ce qu'il faut faire et ce qui est chic. Le mensuel Marie-Claire publie à l'été 2008 un guide érotique pour femmes libérées où sont répertoriées toutes les possibilités : triolisme, échangisme, prostitution, sado-masochisme, etc. Mais la bienbaisance officielle peut déboucher aussi sur la malveillance : «Je hais les mecs malades », « Eviter les mauvais coups» titrait en février 1994 le magazine 20 ans. Le sexe devient un manuel de guérilla contre les hommes.

 

 

Imagem: Madonna - foto Steven Meisel  aqui

 

 

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15.1.10

 

 

 

© Blain / Sfar / Jardel / Dargaud, 2002


 

 

Socrate est le chien d'Héraclès. Héraclès est le fils de Zeus, c'est un demi-dieu. Socrate est le fils du chien de Zeus, c'est un demi-chien. C'est un chien philosophe qui monologue (et parfois dialogue) à propos de son maître principalement qui lui n'en a que pour la bagarre et les femmes.


 

 

 

 

Edition Dargaud

Collection Poisson Pilote

 

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12.1.10

 

 

 

L'Amour l'après-midi de Eric Rohmer (França, 1972)

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9.1.10

 

Once I opened a door and caught sight of my ninety-year-old grandfather kneeling before the jolly, dumpy brunette widow of a certain notary. The lady winked at me over my enamoured grandfather's head, and smiled gaily, revealing two rows of teeth too perfect to be her own. I left, closing the door gently, before Grandpa was aware of my presence.

What was the secret of Grandpa's charm? I only began to understand years later. He possessed a quality that is hardly ever found among men, a marvellous quality which for many women is the sexiest in a man:

He listened.

He did not just politely pretend to listen, while impatiently waiting for her to finish what she was saying and shut up.

He did not break into his partner's sentence and finish it for her.

He did not cut in to sum up what she was saying so as to move on to another subject.

He did not let his interlocutress talk into thin air while he prepared in his head the reply he would make when she finally finished.

He did not pretend to be interested or entertained, he really was. Nu, what: he had an inexhaustible curiosity.

He was not impatient. He did not attempt to deflect the conversation from her petty concerns to his own important ones.

On the contrary: He loved her concerns. He always enjoyed waiting for her, and if she needed to take her time, he took pleasure in all her contortions.

He was in no hurry, and he never rushed her. He would wait for her to finish, and even when she had finished he did not pounce or grab but enjoyed waiting in case there was something more, in case she was carried along on another wave.

He loved to let her take him by the hand and lead him to her own places, at her own pace. He loved to be her accompanist.

He loved getting to know her. He loved to understand, to get to the bottom of her. And beyond.

He loved to give himself. He enjoyed giving himself up to her more than he enjoyed it when she gave herself up to him.

Nu, shto: they talked and talked to him to their hearts' content, even about the most private, secret, vulnerable things, while he sat and listened, wisely, gently, with empathy and patience.

Or rather with pleasure and feeling.

There are many men around here who love sex but hate women.

My grandfather, I believe, loved both.

And with gentleness. He never calculated, never grabbed. He never rushed. He loved setting sail, he was never in a hurry to cast anchor.

 

Amos Oz

in A Tale of Love and Darkness  pp.110-111

© Amos Oz and Keter Publishing house Ltd 2003

Translation © Nicholas de Lange 2004

 

 

 

 

Uma História de Amor e Trevas

e outras obras de Amos Oz em português

aqui

 

 


5.1.10

 

 

 


 

Un peu avant le dîner et après qu'il eut pris son bain tout en dialoguant avec ses chatons, Robert Bresson me demanda de venir dans sa chambre. Je quittai la mienne et passai dans la sienne où il m'attendait allongé sur son lit, deux scénarios sur les genoux. Il m'en tendit un.

— J'aimerais vous entendre lire le rôle de la reine Guenièvre à partir de la page indiquée.

Le scénario dont il était question s'appelait Lancelot du lac et Robert Bresson m'avait plusieurs fois évoqué ce projet de film dont aucun producteur ne voulait et qui lui tenait tellement à cœur; son espoir de trouver un jour la personne adéquate et sa conviction que ce serait son film le plus abouti. Fort de ces certitudes, il persistait à faire circuler des exemplaires et à en parler au présent.

Je m'installai par terre, le dos appuyé contre le lit et lus avec plaisir les répliques de la reine Guenièvre tandis qu'il y répondait de mémoire tout en caressant les chatons. En bas, dans la cour, Charly rentrait avec son tracteur et apostrophait sa femme à propos d'une obscure querelle de ménage.

— Quelle horrible voix, soupira Robert Bresson. Ce n'est pas comme vous, je ne me lasse pas de vous entendre... Reprenez, s'il vous plaît.

Il était toujours allongé sur le lit mais avait négligemment posé sa main sur mon épaule. Une main au début si légère que je ne l'avais pas sentie.

— Vous feriez une merveilleuse Guenièvre, murmura-t-il.

Sa main remontait, effleurait ma nuque, caressait doucement mon cou. Je cessai de lire et me retournai vers lui. Son regard à la fois brûlant et tendre m'enveloppait tout entière mais je savais, maintenant, que ce regard ne me réclamait rien d'autre que d'être là, près de lui. Je savais aussi que personne encore ne m'avait regardée avec autant d'amour.

— Oui, reprit-il, une merveilleuse Guenièvre... Mais il faut me promettre de ne jamais tourner avec quelqu'un d'autre que moi... Vous me promettez, n'est-ce pas?

Cette demande me prit tellement au dépourvu que je ne trouvai rien à lui répondre. Lui perçut mon silence pour un acquiescement et un sourire heureux illumina son visage.

— J'étais sûr de votre réaction. A la sortie de Balthazar, vous vous interdirez de rencontrer d'autres cinéastes. Il faudra protéger votre innocence... vous garder pour moi, pour Lancelot du lac. Alors, vous pourrez être ma reine Guenièvre. Vous voulez bien, n'est-ce pas?

— Mais qui voudra produire votre film puisque personne n'en veut depuis vingt ans? C'est fini, cette histoire ! Vous n'y arriverez jamais !

Une ombre soudaine obscurcit son visage et sa main quitta ma nuque. Nous nous regardâmes en silence, sans bouger. Ses yeux reflétaient une tristesse et une lassitude qui le vieillissaient brusquement de plusieurs années. Ce n'était pas la première fois que j'assistais à cette mystérieuse métamorphose et, une fois de plus, je ne comprenais pas qu'il puisse changer d'âge à ce point.

— Vous êtes cruelle, dit-il enfin.

Et comme j'allais protester:

— Mais vous ne le savez pas encore.

 

Anne Wiazemsky

in Jeune Fille pp.196-197-198

© Editions Gallimard, 2007

 

 

Imagem: fotograma de Au hasard Balthazar de Robert Bresson (França, 1966)

 

um artigo aqui e uma entrevista da autora aqui

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3.1.10

 

 

 

 

 

Le comportement de mon entourage à mon égard changea. J'étais devenue «celle qui allait faire du cinéma». Certains se réjouissaient, simplement, sans arrière-pensée. D'autres glissaient au détour d'une conversation des propos désobligeants sur ma gaucherie, mon ignorance, la banalité de mon visage. Ces phrases assassines auraient empoisonné n'importe quelle jeune fille : c'est un âge où l'on ne sait encore rien de soi, où l'on doute, où l'on se cherche. Il me venait alors l'envie de renoncer au film, de m'enfuir très loin et de me faire oublier de tous.

Mais il y avait Robert Bresson. Dès que je le retrouvais, la peur s'estompait. Il me parlait avec infiniment de délicatesse, me considérait comme un être précieux doté de qualités que lui seul percevait. Parce que soudain j'existais pour quelqu'un, je me sentais pour la première fois exister et c'était au sens premier du mot bouleversant. C'est peu dire qu'il sut m'apprivoiser. Il tissa, jour après jour, un lien subtil qui me retenait attachée à lui. Nous passions du temps ensemble, nous avions de longues conversations au téléphone. Il m'interrogeait à propos de tout, s'irritait des heures loin de lui en compagnie d'amis de mon âge. «Que leur trouvez-vous ?» Et sans me laisser le temps de répondre: «Je suis sûr qu'ils ne vous valent pas ! » J'essayais de lui expliquer : Thierry avait été le grand amour de mes onze-douze ans, Antoine était mon complice, celui qui m'invitait au théâtre et avec qui j'avais de grandes discussions littéraires, Jules... «Peu importe, ces garçons.» D'un geste de la main, il balayait à l’avance tout ce que j'aurais pu encore en dire.

 

Anne Wiazemsky

in Jeune Fille pp.51-52

© Editions Gallimard, 2007

 

 

Imagem (e muito mais) aqui


1.1.10

 

 

 

Nossa Senhora de Nazaré Wish Ribbons

Belém do Pará, 2009

 

 

 

 

Hope is a strange invention —

A Patent of the Heart —

In unremitting action

Yet never wearing out —

 

Of this electric Adjunct

Not anything is known

But its unique momentum

Embellish all we own —



Emily Dickinson

 

 

 

 

Um bom 2010.

 

sobre as fitas leia aqui e aqui

 

 


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