30.5.09

 

Il s'en faut de peu que nos rêves ne virent au cauchemar quand une angoisse féroce nous étreint, nous saisit comme le succube du fameux tableau de Füssli. Le visiteur nocturne n'a plus alors les traits de l'ange de Constantin. Quelque démon est venu nous persécuter, un monstre sans visage nous menace. Nous nous réveillons dans un cri au moment où nous allons chuter en un trou sans fond.

Le dormeur éveillé, lui, l'homme assis de Piero, se tient à l'abri du cauchemar. Sa rêverie l'en préserve. Il peut se laisser entraîner ailleurs, mais cet ailleurs n'est autre que son humeur vagabonde, que son oublieuse mémoire, il peut exprimer sans crainte ses attentes les plus déraisonnables, ses désirs inassouvis, ses regrets. La nostalgie et l'espoir le bercent.

Il se repose, loin du fracas des armes et de la violence meurtrière. Pas de précipice sous les pieds du dormeur éveillé : il n'est plus tout à fait sur terre, mais il ne s'effondrera jamais dans l'abîme.

 

J.-B. Pontalis

in Le Dormeur éveillé

© Mercure de France 2004

 

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28.5.09

 

 

Le Songe de Constantin c. 1466

 

 

L'homme qui dort se nomme Constantin. C'est un Empereur romain, un conquérant, un guerrier sans merci. Son sommeil parait paisible, bien qu'il doive livrer  bataille le lendemain… À côté de l'homme qui dort, un tout jeune homme assis. Un serviteur, qui n'a pas de nom. Une sentinelle, mais qui s'abandonnerait à sa propre rêverie. Il est le dormeur éveillé. Sa tête penchée s’appuie sur sa main. C'est un rêveur quelque peu mélancolique, peut-être doute-t-il de l'issue du combat, l'ange ne l'a pas visité, ne lui a adressé aucun signe… La scène représentée se situe à la frontière de la nuit et de l'aube, du sommeil et de l'éveil, du songe et de la rêverie.


Ce tableau qui figure un épisode de La Légende de la Vraie Croix qu'a peinte Piero della Francesca à San Francesco d'Arezzo est un des plus beaux que je connaisse…Plutôt que celle de l'Empereur endormi, je prends la place de l'homme assis, de celui que j'ai nommé le dormeur éveillé. Je m'attarde sur son visage, j'essaie de deviner ses pensées, à quelle rêverie il s'autorise à s'abandonner tout en refusant de s'assoupir; il demeure gardien. Il m'évoque ces mères qui veillent sur leur enfant endormi tout en rêvant à autre chose.


Et puis, comme toujours chez Piero della Francesca, les personnages, dans leur immobilité hiératique, sont à la fois hors du temps et, sur la fresque, inscrits dans une histoire - une légende - singulière. Étonnamment présents dans leur absence.


La peinture, celle de Piero en tout cas, cette parole imparfaite — on n'imagine pas ses personnages discourir ni même se parler entre eux — serait-elle un chant ? Je crois que toute peinture est plus proche du songe que du rêve. Quant aux livres, le mieux auquel ils puissent prétendre, c'est de s'approcher d'une rêverie, celle de l'homme assis.


 

J.-B. Pontalis

 

in Le Dormeur éveillé

© Mercure de France 2004

 


 

 

 

 


25.5.09

 

 

 


Cette photo me serre la gorge. Je n'en connais pas de plus triste.

Elle symbolise pour moi toutes les maisons que l'on quitte pour n'y plus revenir, les étés passés, les pans de vie qui s'écroulent, l'amertume du temps qui fuit, les morts qu'on laisse derrière soi, le regret... Elle est l'envers du décor heureux, l'exact opposé de la photo de famille prise dans la même maison, mais sur l'autre versant du coteau, dans le verger ensoleillé. Elle est la solitude quand la belle saison est passée.

En regardant cette image j'essaie en vain d'imaginer que je pourrais aller vers la maison. Rien à faire. Je m'en vais. Elle s'éloigne irrésistiblement, comme si je la regardais une dernière fois par la vitre arrière d'une voiture qui m'emporte. Elle est déjà toute grise, l'éloignement et la pluie noient les détails, comme va bientôt le faire la mémoire. A peine si je distingue encore un bout de gouttière, le haut des pommiers dénudés par l'hiver qui dépassent du talus. Il cache le pré en pente où je ne ferai plus jamais de galipettes, le potager abandonné. La maison est une coque vide et silencieuse et quelques pommes oubliées vont pourrir sur les claies de la remise.

C'est le soir, il pleut, la voiture fuit avec moi sur la route. C'est tout juste si je n'entends pas le chuintement, le bruit de petite déchirure que fait l'eau sous les pneus. Dans deux, trois secondes tout sera fini, il sera trop tard, la maison aura disparu de ma vue et de ma vie après le virage. Je n'y reviendrai jamais.

On reste un instant encore le regard fixé vers la chose perdue, passe la seconde vide où l'on mourrait volontiers pour n'avoir plus rien à quitter, rien à voir mourir.

Anny Duperey

in Le Voile noir

© Éditions du Seuil, 1992

 

Imagem: Fotografia de Lucien Legras

©  Éditions du Seuil, 1992

 

Mais sobre Le Voile noir aqui

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22.5.09

 

 

 

Com João Bénard da Costa e Lotte Eisner

na Arrábida, em 1983

 

 

 

Lotte H. Eisner, a grande ensaísta do cinema expressionista alemão, visitou Portugal em 1983 a convite da Cinemateca Portuguesa, à qual eu acabara de chegar, com a missão – imagine-se – de dar maior visibilidade às actividades da instituição. Os anos que lá trabalhei foram dos mais felizes de toda a minha vida profissional. Comecei por ter a sorte de a minha primeira tarefa correr bem, uma homenagem a outra senhora muito idosa, Dina Teresa, vedeta do primeiro filme sonoro português. Os jornais deram um relevo sem precedentes ao evento, o que me valeu a confiança imediata de Luís de Pina e João Bénard da Costa, além de ter contribuído para esclarecer, aos olhos dos outros colaboradores da direcção – uma equipa reduzida, muito competente e motivada – as razões da minha presença ali.

 

O meu trabalho consistia em redigir comunicados de imprensa, tratar dos convites, fazer pequenas visitas guiadas ao museu instalado no primeiro andar, acompanhar os visitantes estrangeiros, numerosos nesses anos; fazia também o que mais houvesse para fazer, telefonemas para o estrangeiro, ajudar a secretária de João Bénard a decifrar-lhe a letra, traduzir, escrever à máquina quando era preciso. Vale a pena explicar que o processo então utilizado para o fabrico das “folhas de sessão” obrigava a que o texto fosse dactilografado, numa máquina de escrever eléctrica - a máquina de esfera IBM - numas folhas especiais recobertas de uma fina camada de cera. As gralhas eram tapadas com um verniz, aplicado a pincel, que permitia voltar a bater letras por cima. Só então é que a ‘matriz’ seguia para a reprografia.

 

Eu escrevia bem à máquina, depressa e com poucos êrros, e foi assim que algumas vezes, não muitas, o João me pediu que levasse a máquina para o seu gabinete, para me ditar de improviso o texto da “folha” a distribuir daí a pouco na sala de cinema.

Ditava, contínua e pausadamente, sem omitir a pontuação, a caminhar devagar de um lado para o outro. No fim o texto estava perfeito, não era preciso alterar uma vírgula, nunca vi nada assim. Mas além da admiração que a ‘proeza’ sempre me causava, a recordação mágica que guardo dessas ocasiões está ligada à concentração profunda de ambos na tarefa, algo parecido com a ‘simbiose’ que o intérprete de conferência (em que mais tarde me tornei) estabelece, durante o discurso, com o orador (inspirado).

 

João Bénard Costa revelou-me o sentido da expressão “escrever ao correr da pena”.

 

 

 

 

 

 

 

um excerto de Muito Lá de Casa aqui

 

 

Mais sobre João Bénard da Costa aqui

 

 

 

 


19.5.09

 

 

 

 

 

À Lady Astor, première femme députée aux Communes qui lui avait dit, outrée par son arrogance: «Si j’étais votre femme, je mettrais du poison dans votre café!», il répondit:

 

« Et moi si j’étais votre mari, je le boirais!»

À une dame du monde, trahie par la nature, qui lui avait reproché son ivresse lors d'un dîner, il répondit: « Oui, mais moi, demain je serai sobre alors que vous serez encore

laide!»

À propos de Clement Attlee, leader travailliste qui l'avait battu aux élections en 1945, il répéta longtemps cette notation impitoyable: « Un taxi vide s'arrête devant le 10 Downing Street. M. Attlee en descend...»

Les mots cruels compliquent et retardent les carrières, et Winston Churchill en prononça tellement, en se faisant autant d'inimitiés, terrorisées et courroucées, qu'il connut plus d'un passage à vide, et notamment durant les années 30 où tout le monde le croyait un homme fini. Mais son intelligence, son énergie, sa valeur morale d'exception ainsi que sa manière de considérer sa vie, la Grande-Bretagne et son histoire comme les éléments d'un roman dont il serait le héros et l’écrivain, furent finalement récompensées par des circonstances à sa mesure: la défense intrépide et solitaire de la liberté face à une Europe submergée par la barbarie nazie. Homme d'un autre siècle et source d'enseignement pour le futur, aristocrate incapable de comprendre ce que voulaient les citoyens ordinaires et anarchiste visionnaire habile à les nourrir de rêve, despote domestique et démocrate sincère, esprit ouvert aux idées et caractère irrationnel, il fut historien, poète, peintre, ami des animaux, gaffeur, insupportable, attendrissant; en somme, comme le disait un de ses rivaux : cinquante pour cent génie et cinquante pour cent infantile. Aujourd'hui, comme pour de Gaulle, son faux jumeau, son vrai adversaire et son meilleur partenaire, on a tendance à forcer sur le pourcentage du génie et à s'émouvoir sur ce qu’il reste de l'infantile.

Car Churchill manque infiniment dans l'aujourd'hui des technocrates et de la politique frileuse et télévisée, comme tous ceux qui surent être à la fois des héros et des hommes en un temps qui fut bien près de s'abandonner aux criminels et aux tyrans.

 

 

 

 

George VI: "Eh bien, Monsieur Churchill,

c’est un grand jour pour vous, la fin de la guerre en Europe.

Permettez-moi de vous féliciter."

Winston: "Et moi de même, Votre Majesté. Ce fut une longue route."

 

 

 

 

 

Frédéric Mitterrand

introdução de  Winston Churchill, in Destins d'étoiles - volume IV

© P.O.L.,Fixot,1991

 

imagem: Winston Churchill e sua mulher, Clementine, numa fotografia que descobri aqui

 

 


16.5.09

 

 

 

 

 

« vous avez le droit de tout me dire, sauf que Franco n'est pas mort!» La voix de l'homme est sourde et monocorde, le regard voilé d' une sorte de lassitude triste et il se tient, comme toujours, emprunté et indéchiffrable dans la pénombre d'un de ces palais pompeux et surannés d’où le dictateur a gouverné l'Espagne pendant quarante ans d'une main d'acier.

Les dignitaires du régime comprennent alors que tous les scénarios patiemment élaborés par le régime, ses adversaires ou l'étranger, sont subitement sans valeur.

L’homme sans relief et sans éclat, qu'ils ont surveillé pas à pas depuis son enfance, les congédie dans un murmure sans appel, avec le vieux monde et ses macabres souvenirs.

À l'extérieur, tout le monde a eu un projet différent pour l'Espagne, dont le seul point commun est que l'homme disparaisse au plus vite. Mais personne n'a imaginé qu'il a

compris tous leurs calculs et tous leurs préparatifs et qu’il en a conçu d'autres, relayés par des amis très sûrs, bien placés, d'une fidélité à toute épreuve.

Il a appris le secret et le silence, s'est entraîné à tromper la violence, est devenu libre dans la prison dorée dont on vient de lui remettre les clés sans penser un seul instant qu'il va s'en servir pour ouvrir toutes les portes.

Aujourd’hui, quinze années se sont écoulées, et Juan Carlos, roi d'Espagne, est un des dirigeants les plus respectés du monde.

Il avait tout pour échouer et son succès est éclatant.

Par quel mécanisme l'héritier d'une dynastie exsangue, le fils adoptif d’un tyran, l'otage d'un pouvoir sanglant et policier, est-il parvenu a remplacer une à une ces cartes

dangereuses par le jeu tout neuf dont il a conçu les règles, avant de les faire accepter au seul partenaire qui fut à sa mesure: l'Espagne?

" Toi, jeunesse plus jeune, si de plus haute cime

la volonté te vient, tu courras l’aventure

dans l’éveil transparent aux divines lumières claires

comme diamant, et comme diamant pures "

Antonio Machado (1875-1939)

 

 

 

 

Frédéric Mitterrand

introdução de  Juan Carlos, in Destins d'étoiles - volume III

© P.O.L.,Fixot,1991

 

imagem: Juan Carlos, in Destins d'étoiles (vol.III)

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13.5.09

 

 

 

 

Quand les idéologies, les dogmes, les explications globales et définitives du monde sont mises à contribution pour nous réformer et nous apprendre à vivre dans le but de faire notre bonheur — pas pour tout de suite sans doute, mais enfin pour les générations suivantes, toujours pour les générations suivantes — et que l'on se débat avec beaucoup

d'incertitude, de remords et de confusion afin de faire entendre malgré tout sa voix, il est sage de revenir auprès d'Albert Camus pour se sentir un peu plus fort.

Quand l'absurdité de notre destin, l'approche imprévisible et inéluctable de la mort comme seule certitude, l' intolérance, l'injustice et la violence comme réalité quotidienne paralysent le désir d'agir, de créer et de transmettre, il est bon de revenir auprès d'Albert Camus pour éprouver ce qu'est l'envie de vivre.

Quand le soleil d'un soir de mer et l'indifférence d'une grande ville, le plaisir d'une amitié et le côtoiement de la misère, l'élan vers un sourire et un corps, et la tendre et vague satisfaction du désir emplissent l'existence avec des bouts de rêve et des nuages d'inquiétude, il est apaisant de revenir auprès d’Albert Camus pour mieux savoir aimer.

Le beau gosse en imperméable n'est pas venu traîner sa dégaine à la Bogart depuis Alger, la Libération et le Nobel pour qu'on l'endorme sur les pages du Lagarde et Michard, et il n'est pas mort en pleine jeunesse pour qu'on le range hâtivement quelque part entre Rimbaud et James Dean au rayon des destins foudroyés.

Albert Camus nous parle de nous, d'ici et de maintenant; c'est assez simple, en somme, il suffit de lui ouvrir son cœur et son esprit pour vouloir que la seule nouveauté qui vaille toujours est celle d'être fraternel.

 

" Vous savez ce qu’est le

charme: une manière de

s'entendre répondre oui sans

avoir posé aucune question

claire."

 

 

 

 

 

Frédéric Mitterrand

introdução de  Albert Camus, in Destins d'étoiles - volume II

© P.O.L.,Fixot,1991

 

imagem: Albert Camus retratado por Cecil Beaton


10.5.09

 

 

 

 

 

 

«je redoute, chère amie, de vous sentir inexorablement attirée par le versant tragique de l'existence, celui ou l'on perd ses forces à se demander pourquoi vivre tandis qu'il serait tellement plus simple de se laisser glisser dans le néant.» Lorsqu’elle entendit, à la fin des années quarante, pour la première fois cette réplique d' Anna Karenine, dont elle fut l'une des plus belles incarnations dans un film de Julien Duvivier, Vivien Leigh avait trente-quatre ans.

Auréolée de la gloire de Scarlett 0'Hara qui en avait fait la plus prestigieuse héroïne de toute l'histoire du cinéma, elle régnait sur Hollywood avec une grandeur lointaine dont la capitale du septième art n'avait jamais fait l'expérience jusqu'alors. Parvenue à force de travail et d'ambition au-devant des feux de la rampe, elle était également au centre de cette institution prestigieuse entre toutes, le théâtre britannique. Enfin, son mariage avec Laurence Olivier, harmonieux et durable, plaçait le couple qu'elle avait su construire au coeur de la société internationale de l'intelligence et du raffinement, l'inscrivant dans l'imagination et la mémoire des foules comme un symbole de perfection digne des plus anciennes et des plus belles histoires de l'amour partagé.

Pourtant, les mots adressés à Anna Karenine résumaient aussi le combat intérieur qui ravageait déjà son existence intime et qu 'elle s'acharnait à dissimuler et à affronter avec toutes les ressources de son intelligence, de son charme et de son élégance morale; en vain, puisque cela faisait longtemps que Vivien Leigh avait en fait commencé sa descente vers la folie et la mort, perdant peu à peu tout ce qu'elle avait su conquérir sur elle-même, sans jamais cesser d'opposer sa fierté aux rumeurs inquiètes et grandissantes du monde extérieur et se réservant l'ultime sursaut de disparaître comme s'il s'agissait d'un exil en pleine gloire et non d'une chute dans un abîme sans fond.

Aujourd'hui son empreinte demeure intacte et nul n'a jamais remplacé Vivien Leigh, sous les sunlights, sur la scène, dans le souvenir de ceux qui l'ont aimée et de ceux qui la découvrent encore. Car au-delà de l’éclatante réussite de tout ce qu'elle accomplît et de ce qu'elle su donner, demeure la complexe et douloureuse énigme qui emporta sa vie; celle-là même devant laquelle elle fut la dernière à s'incliner, après avoir si ardemment tenté de la maîtriser et de la comprendre, avec l'impossible espoir de pouvoir lui échapper.

 

 

 

Warren Beatty: “Qu’avez-vous à cacher à cette journaliste?

Vous la connaissez, c'est une amie?

Vivien Leigh: “Elle me posera un tas de questions.

Ce que je fais, qui je vois, pourquoi je vais à la dérive.

 Warren Beatty: “Je vais aussi à la dérive.

 Le monde, les étoiles, tout dérive. Est-il si triste de dériver ?

Vivien Leigh: “Oui, si l'on ne sait où aller.

 

Printemps romain de Mrs Stone

Tennessee Williams, Jose Quintero 1962

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Frédéric Mitterrand

introdução de  Vivien Leigh, in Destins d'étoiles - volume I

© P.O.L.,Fixot,1991

 

imagem: Vivien Leigh em Anna Karenina, de Julien Duvivier 

 


8.5.09

 

 

 

Nos vies seraient bien tristes et l'histoire de notre temps, encore plus redoutable et confuse, si les vedettes de cinéma, les rois et les reines, les artistes célèbres ou certains héros de la presse populaire ne se faisaient pas les messagers de nos émotions, de nos élans et de nos désarrois. Leurs existences à l'apparence brillante consolent notre quotidien obscur; leurs destins, heureux ou tragiques, nous vengent de n'être que les acteurs abandonnés et solitaires d'un théâtre trop vaste dont les intrigues nous dépassent. Et si les politiques et les historiens les négligent ou s’en méfient, nous savons bien qu’ils donnent ses couleurs à notre époque et nous rejoignent dans les rêves dont elle s’accommode si mal. Mais ce sont aussi d’étranges messagers, à peine conscients de ce qu’ils transmettent et dont nous ne savons finalement pas grand-chose; cette imprécision les protège; elle fonde leur séduction et leur légende, et s'avère finalement plus forte que tous les détails pourtant bien réels qui aiguisent notre curiosité en nous donnant l’illusion de les connaître.

Ces textes, écrits à l’occasion d'une série d’émissions de télévision, se sont servis de leurs images; ils en ont transcrit, le plus honnêtement possible, des faits et des attitudes, des situations et un éclairage qui ne sont pas ceux auxquels on est accoutumé; mais ils y ont aussi toujours retrouvé le romanesque et l’incitation aux songes, car c’est là que réside l’impalpable exactitude qu'aucun récit ne peut fléchir et enfermer. Ce sont ainsi plutôt des contes ou des chansons en prose, où tout est vrai, et s’il en existe, surtout les mensonges.

 

Frédéric Mitterrand

 

introdução de Destins d’étoiles

© P.O.L., Fixot, 1991

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7.5.09

 

 

 

 

Edição P.O.L. , Fixot, 1991

 

 

 

A fonte de inspiração de Retrovisor, um Álbum de Família foi uma série documental da autoria de Frédéric Mitterrand, exibida pela televisão francesa durante a década de 80, colecção fascinante de retratos do século XX, de políticos, soberanos, estrêlas de cinema e escritores, entre outros.

O formato é o seguinte: após uma introdução muito breve do narrador, o filme começa, e vamos assistir a uma longa sequência de imagens, acompanhada da leitura de um texto em ‘voz off’. Durante um pouco mais de uma hora, veremos desfilar uma quantidade incrível de verdadeiros tesouros documentais, desenterrados dos numerosos arquivos públicos, e privados, nos quais se encontram preservados.

Nos anos 90, conheci aqui em Lisboa um rapaz que fora assistente de realização de Frédéric Mitterrand, no programa que este dedicou a Luchino Visconti. Fiquei então a conhecer o seu método de trabalho. Neste caso, a equipa havia-lhe preparado uma sequência de imagem com a duração de aproximadamente cinco horas. O texto fora escrito sobre esta sequência, entretanto reduzida a uma versão de pouco mais de uma hora.

Salvaguardadas as devidas proporções, foi isto que fiz com o meu espólio familiar. Considerava muito interessante o meu material, mas devo dizer que só depois de examinar os documentos da vida profissional de meu pai admiti que o livro pudesse atrair mais do que a mera centena de parentes e amigos a quem inicialmente o destinara.

 

Os textos das séries Étoiles et toiles (1981-86) e Destins (1987-88), exibidas pelo canal de televisão "Antenne 2", foram reunidos no início dos anos 90 em quatro volumes ilustrados, intitulados Destins d'étoiles. A eles voltarei em próximos posts.

 

Mais sobre Frédéric Mitterrand aqui

Destins d'étoiles aqui


5.5.09

 

 

Feira do Livro 2009

Parque Eduardo VII, Lisboa

 

O livro Retrovisor, um Álbum de Família está à venda na feira aqui, na tenda dos pequenos editores. Encontra-o na mesa situada frente à entrada, junto da qual distinguimos um visitante, a folheá-lo?

A  foto pertence ao "Diário da Feira do Livro de Lisboa 2009" do Blogtailors, aqui.


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